Chroniques BD

les carnets de Darwin T3

scénariste (s) : Sylvain Runberg
dessinateur (s) : Eduardo Ocaña
éditions L Lombard – 14,45€
date de sortie : février 2012

Le Yorkshire peine à se remettre du sanglant assassinat de Louise Stuart. La région tremble face au Griffu, surtout depuis que ce dernier a décimé le cortège de Sir Henry Rillons, chasseur légendaire dont l’intervention devait mettre fin au problème. Darwin reste pour sa part extrêmement discret… car la seule conclusion logique de son enquête est que le fameux fauve n’est autre que lui-même. Il lui reste à remonter aux origines de cette malédiction.

Album sombre et violent, conclusion d’une trilogie au décors historique (Angleterre victorienne hésitant entre superstition et modernisme) avec un (gros) soupçon de fantastique. Le travail graphique se partage entre un décors léché, avec plein de détails, et une recherche impressionnante sur la lumière, mettant souvent les traits des personnages en avant. Sur le plan du scenario, je trouve cet album précipité, le dénouement arrive vite (ou j’ai lu trop vite…) et laisse beaucoup de points en suspend (de quoi faire une seconde saison??).

LM

Alexandre Pompidou T1 – Lard moderne

scénariste (s) : Jean-Luc Cornette
scénariste (s) : Jerry Frissen
dessinateur (s) : Nikola Witko
éditions Dargaud – 12,00€
date de sortie : mars 2012

La (jeune) vie et la (modeste) oeuvre d’Alexandre Pompidou, jeune artiste plasticien fraichement émoulu des études et bien décidé à se faire un nom dans la sculpture, alors que ses parents le verraient bien reprendre la boucherie familiale. Il va tenter de concilier les deux, en devenant le premier artiste de la barbaque ! Son plan de carrière ? Se faire bien voir d’Adonias Solomon Aurochs-Lascaux, le galeriste le plus en vue de la ville, celui qui peut faire et défaire une carrière. Après, il n’est pas certain qu’insulter sa fille ou entretenir un rapport de séduction confuse avec sa femme soit la meilleure méthode… Une seule chose est sûre : ça va saigner !

Le graphisme est simpliste mais efficace. Les émotions passent bien et les couleurs sont très saturées, rappelant le ton léger de l’histoire. Mais les gags sont trop parachutés, on tourne toujours autour de la même idée, ce qui est le thème, mais c’est “trop”! Les personnages ne sont pas réalistes du tout, même si comme on nous le dit dans les synopsis, l’analyse de la société artistique comme celle de la famille des artisans (de père en fils) sonne juste et nous amuse.

LM

Les Innocents coupables T2 – La trahison

scénariste (s) : Laurent Galandon
dessinateur (s) : Anlor
éditions Bamboo / collection Grand Angle – 13,90€
date de sortie : mars 2012

1912. Rattrapés de manière musclée alors qu’ils s’évadaient à grandes enjambées de la colonie pénitentiaire agricole “Les Marronniers”, Honoré, Adrien et Miguel réintègrent de force les murs de leur enfer. Punis pour cette incartade et désormais contraints d’obéir au Marbré, leur nouveau “grand frère” plus sadique que cette brute idiote de Gourdin, Jean et ses compagnons savent que leur vie aux Marronniers va encore se durcir. Alors que l’amitié, l’amour et la venue d’un journaliste à la colonie réchauffent les coeurs et redonnent espoir, la trahison n’est jamais bien loin. À chacun son style et chacun sa peau pour recouvrer sa liberté et nourrir ses ambitions….

Le graphisme est réaliste quoique anguleux. Les personnages sont très bien définis eau détriment du décors, un peu effacé et parfois juste dégrossi. Mais cela permet de garder un dynamisme fort tout au long de l’histoire. Par contre, les tons clairs de la colorisation desservent le sujet, sombre, sanglant, violent. La lecture de cet album m’a mis mal à l’aise, ce qui est une marque de réussite par rapport au sujet. Vivement la suite? Je ne sais pas…

LM

Jeanne la pucelle

Jeanne d’Arc, on connait ça par coeur. Mais est-ce seulement vrai ?
La véritable Jeanne d’Arc est cachée.
Sous son armure.
Dans ses hauts faits d’armes.
Derrière un rideau de flammes.
Certainement sous la somme assommante des récits qui lui ont succédé depuis 579 ans.
Découvrez où est véritablement cachée Jeanne d’Arc.
Elle est cachée dans son enfance.
Jeanne d’Arc, cette immense figure de l’Histoire, est une petite fille de 6 ans…

Aujourd’hui, sortie nationale de “Jeanne la Pucelle”, nouvel album de Jean-François CELLIER. C’est beau, l’histoire, bien qu’on en connaisse l’issue, est très bien construite, bref, on n’a qu’une question : “A quand le tome 2 ?” (pas taper !).

Une lecture chaudement recommandée, d’autant plus que Jean-François sera présent au festival les 16 et 17 juin prochain.

X.

Asgard T1

scénariste (s) : Xavier Dorison
dessinateur (s) : Ralph Meyer
coloriste (s) : Ralph Meyer
éditions Dargaud – 13,95€
date de sortie : mars 2012

L’an 800… Plusieurs drakkars de guerres et des navires de pêcheurs disparaissent sans laisser de trace dans les lacs de Scandinavie… Une jeune esclave, Sieglind, échappe par miracle au naufrage du navire de pêche où elle travaillait. Elle est recueillie par un homme étrange, Asgard, dit « pied-de-fer », un « Krökkentötter », ancien guerrier viking devenu chasseur à la prime sur les proies les plus extraordinaires. Né avec un seul pied, le viking aurait dû, selon la tradition, être tué dès sa naissance par son propre père. Mais, ce dernier s’est rebellé et a donné à son fils le nom du domaine des Dieux. Depuis, Asgard a mené une vie de combats et de fureur avant de devenir un « chasseur de monstres ». La présence de l’un d’entre eux dans les territoires du Noordland lui offre une nouvelle opportunité de gain énorme et peut-être de se refaire une place au sein de la cour du Jarl, le roi viking. Accompagné par un émissaire de ce dernier, par un prêtre scalde et une femme maître de pêche, Asgard et Sieglind embarquent à bord d’un drakkar avec un objectif simple : trouver et tuer la créature qui hante les eaux des fjords… Bien qu’expérimenté et bien préparé, Asgard va découvrir que la menace qui rôde dans les lacs gelés est d’une nature bien plus redoutable que les grands ours ou les reptiles géants des lointaines terres du sud.

Ne vous trompez pas : nous sommes sur Midgard et nous ne la quittons pas ! Asgard est un voyage temporel au cœur des contrées nordiques et de la civilisation vikings. Le graphisme est grandiose, quoique sombre, parfois un peu trop, et le scenario mélange adroitement l’historique et le fantasmagorique dans une lente et certaine descente dans l’enfer blanc des mythes asgardiens. Vivement la suite et fin de ce dyptique …

LM

Ethnicity vol1

Auteur : Nobuaki TADANO

date de sortie : mars 2012
éditions Bamboo – collection Doki-Doki

Dans un monde dévasté par la famine et les guerres, suite à un bouleversement climatique sans précédent, les populations vivent désormais repliées dans des mégapoles coupées de l’extérieur hostile. La paix et le bien-être y sont garantis par un contrôle drastique des citoyens : la moindre atteinte à l’ordre public est immédiatement sanctionnée de la peine d’exil. Niko, élève modèle, mène une vie exemplaire dans l’une de ces cités. Jusqu’au jour où, intriguée par le comportement d’un camarade de classe, elle s’aventure jusqu’aux frontières de la cité, là où s’étendent les terres inhospitalières, refuges des exilés que l’agitation commence à gagner…

Énième version de la cité idéale sous laquelle se cache des exilés au bonheur. Le thème est classique mais il est agréablement mis en image. Ce premier tome plante le décors mais il y a déjà pas mal d’actions et de nombreuses questions se font jour, mettant le lecteur en position d’attente et en lui mettant l’eau à la bouche. Je suis curieux de lire la suite. Donc qui vivra, verra!

Le protocole Pélican T2


scénariste (s) : Richard Marazano
dessinateur (s) : Marcelo Frusin
éditions Dargaud – 13,99€
date de sortie : mars 2012

Dans le premier tome du Protocole Pélican, le lecteur a fait connaissance avec quinze personnes détenues dans un lieu tenu secret après avoir été enlevées. Vêtues d’une combinaison orange, elles étaient alors devenues des « unités », surveillées par des « compagnons » et soumises à des expériences menées par les « confidents ». Dans ce deuxième tome, un événement vient bousculer la routine terrifiante de ce lieu clos : un jour, les portes des cellules sont mystérieusement ouvertes. Les compagnons ont tous disparu. Livrées à elles-mêmes, les unités vont devoir s’organiser pour tenter de recouvrer leur liberté…

Le travail sur la lumière est impressionnant, on dirait du travail de photographe ou de vidéaste! On sent la palette graphique, du coup je trouve que les traits manquent de finesse et de variété même si ce n’est pas vraiment le cas. Les personnages sont très (trop?) blancs et l’ambiance générale est froide, renfermée, sans âme, tout cela participe au scénario et renforce ce huis-clos stressant, oppressant et … froid, pardon je devrais dire d’une objectivité scientifique. On progresse lentement dans ce protocole, trop lentement à mon goût et j’ai l’impression de tourner en rond malgré quelques éléments qui annoncent des changements importants. On est arrivé à la moitié de la série (4 tomes en tout) et la suite est prévue pour dans 6 mois, rythme soutenu s’il en est.

LM

LM

Cath et son chat

scénariste (s) : Christophe Cazenove & Hervé Richez
dessinateur (s) : Yrgane Ramon
éditions Dargaud – 10,60€
date de sortie : 29 février 2012

Avec le chat de Cath, c’est trop l’éclate ! Enfin, ça dépend : sauf les jours où il fait ses griffes sur la moquette, où il squatte le bureau de Cath et où il transforme les factures à payer en boulettes de papier… Une série pleine de fraîcheur et de tendresse qui raconte la vie quotidienne d’un père célibataire et de sa fille, aux prises avec leur félin un peu trop filou.

Les gags sont parachutés mais tellement ancrés dans la réalité que l’on se prête facilement au jeu de tourner les pages sans s’en apercevoir. On reconnait le style de Cazenove et Richez : simple et efficace mais aussi percutant et ancré dans la vie quotidienne. Le graphisme est tout aussi simple et tout aussi efficace, les cases ne sont pas clairement définies et les couleurs sont flashy ; tout cela donne un rythme soutenu en regard à l’hyperactivité de cette tornade de poils. Parfois cela nuit un peu à la lecture, d’autant que cette bande dessinée cible clairement un public jeune, plutôt féminin, mais cela n’a pas arrêtée ma fille qui l’a dévoré en un rien de temps.

LM

Pablo T1 : Max Jacob


scénariste (s) : Julie Birmant
dessinateur (s) : Clément Oubrerie
éditions Dargaud – 16,95€
date de sortie : janvier 2012

Paris, automne 1900. L’Exposition universelle, vitrine de la Belle Époque, bat son plein. Dans un Paris transformé en décor des Mille et une nuits, deux jeunes Espagnols débarquent. Ils s’appellent Carlès Casagemas et Pablo Picasso. Ils n’ont pas vingt ans et découvrent la vie de bohème et libertine.

De prime abord, cette BD étonne : on a l’impression de lire des tableaux de l’époque 1900! Les cases ne sont pas délimitées et le dessin et la couleur sont vraiment issus du monde de la peinture, les commentaires et autres bulles sont manuscrits. On entre dans un mélange d’histoire et de rêve : c’est Fernande, le premier grand amour de Picasso et un de ses modèles préférés, qui se rappelle ses jeunes années et le début de l’album est donc très onirique. J’ai eu un peu de mal à apprécier ce dessin, les traits sont simplistes et la mise en couleur très particulière mais une fois passées les premières pages, on ne quitte plus le récit et tout s’enchaîne sans lourdeur, sans véritable temps mort ni trop de raccourcis, et on se retrouve à la fin du premier tome avec une envie irrésistible de lire la suite.

L’expédition – T1 le lion de Nubie

scénariste (s) : Richard Marazano
dessinateur (s) : Marcelo Frusin
éditions Dargaud – 13,99€
date de sortie : février 2012

le tome commence en Égypte avec la découverte par une centurie romaine d’une embarcation à la dérive. À son bord se trouve le cadavre d’un homme noir portant sur lui des documents dans une langue inconnue et de riches bijoux, autant d’éléments suggérant l’existence d’une civilisation riche et puissante. Une civilisation inconnue de Rome. Le centurion Caïus Bracca ne pouvant pas monter d’expédition officielle, il organise la désertion de dix hommes et les envoie, sous les ordres de Marcus Livius, à sa recherche. Seuls trois d’entre eux parviendront effectivement aux portes de ce royaume fabuleux, et Marcus Livius sera le seul à en revenir pour raconter leur incroyable aventure.

Un peplum africain, un genre très peu exploité depuis Alix de Martin. La fin de l’aventure est racontée dès le début mais on entre rapidement dans le jeu et on veut connaître toute l’histoire. Le scénario est très classique mais bien maîtrisé sauf que la deuxième moitié de l’album est consacrée au voyage de la petite phalange de mercenaires, cela prolonge un peu inutilement l’histoire. Le graphisme est résolument moderne et les couleurs sont travaillées à la palette. Je trouve que cela nuit un peu à la thématique et efface certains traits et détails.

LM