Interview : Guillaume Trouillard
Vous avez fondé les éditions de la Cerise il y a six ans environs. Quelles étaient alors vos envies, et quelle politique adoptez-vous aujourd’hui ?
J’ai créé cette maison d’édition en dernière année des beaux arts d’Angoulême : c’était alors une démarche d’étudiant et de futur dessinateur professionnel de créer des conditions de liberté artistique. Aussi, en examinant le marché de l’édition, je me suis rendu compte de l’évidence de la création d’une structure me permettant de continuer les expérimentations que nous réalisions avec mes camarades des beaux arts. Mon objectif a toujours été de faire des livres dans cette ligne éditoriale sans y déroger. Je ne fais pas des livres pour faire des livres. Nous en avons sorti dix en six ans, ce qui est assez peu. Faire des livres prend du temps et demande beaucoup d’investissement. Nous avons une envie de mélanger les techniques, de faire de la couleur directe, du dessin sous toutes ses formes, et pas uniquement de la bande dessinée dans des cases.
Ce que l’on peut observer dans Clafoutis.
Tout à fait, Clafoutis a été un laboratoire pour nous, et aussi le point de départ de tout ça.
Quand vous aviez lancé Clafoutis aviez vous déjà l’idée de faire des albums ou vous attendiez avant tout de voir ou cela pouvait vous mener?
Faire des albums était envisagé dès le départ, mais il était évident qu’il nous fallait commencer par des projets moins ambitieux, en nous posant avant tout des questions de formes. Cela nous a permis de voir ce que nous voulions faire : expérimenter, réaliser des choses à plusieurs, raconter des histoires en intégrant des photos ou des sculptures par exemple.
Dans tout ce paysage éditorial de plus en plus vaste, même dans le milieu alternatif, vous ne vous retrouviez dans rien ?
Pas vraiment. Ce qui se faisait alors en alternatif ne me correspondait pas trop. Je ne voudrais pas caricaturer mais les albums étaient principalement en noir et blanc, et les histoires étaient très tournées vers l’autobiographie, ce qui était plutôt éloigné de mes envies et références. De l’autre coté, chez les grands éditeurs, il aurait fallu frapper aux portes de nombreuses années avant d’avoir la possibilité d’être édité tels quels. Je ne me sentais pas de faire mes armes sur des projets conventionnels et formatés.
Vous êtes très actif en tant qu’éditeur, mais aussi au sein d’associations comme le 9-33, en participant régulièrement aux Raging Bulles, en plus, bien sûr, de vos travaux d’auteur. C’est important pour vous de garder un équilibre de toutes ces activités ?
J’essaie de trouver des solutions pour ne pas être trop frustré au niveau de mon travail d’auteur, qui est quand même le plus important. Mais cette double casquette m’entraine aussi dans un cercle vertueux qui m’amène à faire plus de choses autour de cette activité, comme des participations à des événements à propos de la bande dessinée par exemple. J’ai un quotidien particulièrement rempli, mais j’en suis tout à fait satisfait.
Vous organisez de nombreuses expositions qui vont souvent au-delà du simple accrochage de planches originales, c’est important pour vous?
Oui, tout à fait, car c’est aussi une façon de montrer notre travail tel que le livre ne le permet pas. Prenons l’exemple de l’album Bix de Grégory Elbaz : les planches alignées les unes à coté des autres forment une fresque de trente mètres de long, ce qui fait aussi la particularité de ce livre. Le lecteur ne peut malheureusement pas s’en rendre compte avec l’album seul. Nos expositions circulent beaucoup, en Italie, en Espagne ; à Angoulême, nous avons notre donjon à l’Hôtel de Ville depuis la création de la Cerise. Nous essayons de faire des expositions particulières lorsque le livre peut le proposer. Pour Bix, cette immense fresque se suffit à elle-même pour créer quelque chose de singulier.
Ces expositions sont aussi un prolongement de l’album.
En effet, quand cela nous est possible, nous essayons de retraduire l’univers d’un livre dans une exposition. Pour La saison des flèches, nous avons construit un arbre de cinq mètres sur trois, dans lequel sont suspendues des planches originales de l’album. Au pied de l’arbre, il y a aussi des boites de conserves d’indiens. Cela nous prend du temps, et ce n’est absolument pas nécessaire, nous avons d’ailleurs faillit abandonner de nombreuses fois, mais à chaque fois on recommence.
Faire continuer la bande dessinée hors du livre.
C’est cela. Je fais aussi des concerts dessinés avec mon frère qui est musicien. Attention, il ne faut pas dire des « concerts de dessins » (qui est une marque déposée par le festival d’Angoulême), mais bien des concerts dessinés. Nous en faisons assez souvent. C’est une façon de dépasser cette frustration de ne pas avoir été musicien, de ne pas vivre les choses en direct comme eux, avec cette énergie qui en découle.
Parlons maintenant un peu de votre livre. D’où vous est venue cette idée d’indiens en boite ?
C’est l’idée de Samuel. Nous n’en avions pas trop parlé, mais apparemment ça viendrait d’un simple jeu de mot : si l’on pousse un peu plus loin l’idée d’indiens en réserves, cela peut faire des indiens en conserve. Au final, on obtient un jeu de mot assez mauvais, mais c’est une démarche commune entre Samuel et moi, de pousser certaines choses jusque dans leur retranchement le plus absurde. C’est l’arme de ceux qui ne croient plus en rien. De plus, Samuel a côtoyé des « néo-indiens » dans sa jeunesse et je pense que ça l’a marqué. De mon coté, je suis très féru de culture amérindienne, les peuples premiers ou primitifs me fascinent.
Il y a beaucoup du western dans cet album, particulièrement à la fin. Qu’est ce qui vous a attiré dans cet univers particulier?
Je ne suis spécialement un amateur de western, mais nous en avons tous regardé un jour ou l’autre. Et si nous traitions le sujet des indiens, il nous fallait aborder les codes du western, mettre quelques clins d’œil.
Je parlais plus particulièrement de la mise en scène de la dernière partie de l’album, avec des jeux de cadrages propres à ce genre.
Par rapport à ce que nous voulions raconter, le parti pris était clairement de faire dans le spectaculaire, dans le divertissant. Nous avons essayé de le faire en essayant de nous rappeler de tous les films que nous avions pu voir dans notre enfance, et y faire référence en utilisant certains de leurs codes. Ce n’était donc pas tant une démarche, mais cela s’est plus construit sur le moment.
Comment s’est passé le travail avec Samuel Stento, aussi scénariste de cet album ?
C’est une collaboration un peu spéciale. Elle est à l’image de ce que nous pouvions faire dans Clafoutis : Samuel pouvait faire un scénario et nous étions plusieurs à le dessiner, ce qui fait que le travail était difficilement quantifiable. Cela fait maintenant presque dix ans que nous nous connaissons avec Samuel, nous avons fait les beaux arts ensemble, nous avons été formé ensemble. Il y a tant de choses en commun que nous partageons, que nous avons développé une façon de travailler qui parait tellement naturelle que nous sommes assez éloigné du standard un dessinateur et un scénariste. C’est Samuel qui a eu l’idée initiale, là- dessus nous avons retravaillé ensemble, avec des scènes laissées volontairement floues pour l’ improvisation, et puis il s’est aussi investi dans la mise en scène.
On sent dans vos albums une forte préoccupation écologique.
C’est, à mon avis, le sujet le plus important. J’ai l’impression que tout le reste en découle. Je trouve même ahurissant que l’on commence à s’en préoccuper seulement aujourd’hui, et malheureusement par le biais du capitalisme et du fric. Il est certain que ma génération est à la croisée des chemins, que nous sommes à une époque charnière, et il est donc évident pour moi d’en faire une thématique centrale. Je vais maintenant m’attaquer à un livre post-apocalyptique que j’écris depuis longtemps, une sorte de guerre du feu sur un champ de ruines.
Cet album serait en noir et blanc. Pourquoi abandonner la couleur que vous réussissez si bien ?
Pour changer. Grâce à Clafoutis, j’ai pu faire des choses toujours différentes, des hommages aux gravures animalières, de la craie, des encres. Pour chaque projet j’essaye de m’adapter à ce que j’essaye de dire. Pour la première fois, avec La saison des flèches, je suis resté un peu dans la continuité de mon livre précédent, Colibri : j’avais la même technique, mais je voulais faire quelque chose d’un peu moins violent dans les couleurs et avoir un rendu plus doux, retrouver les codes de l’aventure, avec de beaux paysages, de beaux couchers de soleil (des choses que j’avais rarement abordées jusqu’à présent). Cette technique me semble un peu hors de propos par rapport au sujet du prochain livre. Et puis je me lasse vite. Pour retrouver un maximum de plaisir, qui est pour moi lié à la découverte d’un médium, il faut que je me confronte à de nouvelles techniques. Je n’ai pas encore commencé le livre, mais j’ai de nombreuses idées, je fais des essais. J’ai envie de nouvelles choses et qui soit au plus proche du sujet : j’essaye donc des techniques mixtes, aussi bien le collage que gratter des rhodoïds ou obtenir des effets de monotypes. C’est pourquoi je me replonge dans les travaux d’Alberto Breccia, Le maître que j’ai découvert aux beaux arts et que je place au-dessus de tout.
Interview : Claude Guth
Pouvez-vous nous parler de l’évolution de votre métier de coloriste, qui a beaucoup changé, avec notamment l’avènement de la colorisation par ordinateur ainsi que le nombre croissant de dessinateurs qui demandent aux coloristes d’intervenir sur leurs albums ?
Il y a effectivement un nombre croissant de dessinateurs, mais c’est toute la profession qui a grandi. Il est vrai qu’à l’époque, les dessinateurs de bandes dessinées étaient des marginaux. Les coloristes étaient alors peu nombreux. C’était souvent des amis ou leurs épouses qui faisaient ce travail à coté du leur. C’était un métier très mal considéré, très peu payé voir pas du tout. Et, petit à petit, c’est effectivement une profession qui a acquit ses lettres de noblesse, parce que, j’ai la faiblesse de le croire, la couleur apporte un réel plus en narration ; en terme de lisibilité ou d’efficacité dans les éclairages. D’ailleurs, je dis souvent que le travail du coloriste est avant tout un travail d’éclairagiste, plus que de remplir les cases avec des couleurs. Nous sommes vraiment là pour mettre en évidence les choses qui sont importantes dans la case.
Comment travaillez-vous ?
Actuellement, la plupart des coloristes travaillent à l’ordinateur, sous la pression des éditeurs : cela permet en effet de faire des économies de temps et de moyens. Pour ma part je continue à travailler à la main, parce que j’ai réussi à résister à cette pression, par choix, parce que j’aime bien l’angoisse de la page blanche, ce contact avec le papier. Par contre, je reconnais que l’ordinateur est un outil formidable. Je l’utilise en post production, pour rajouter des effets spéciaux, des effets de lumière, retravailler certaines chose ou accentuer des contrastes par exemple.
Les dessinateurs vous donnent-ils des indications de couleurs lorsqu’ils vous envoient les planches ?
Non. Le scénario est la seul indication que j’ai. J’ai toujours voulu travailler comme ça, je vais dans le sens de l’histoire. A partir de là, il n’y a de problème ni avec le dessinateur, ni avec le scénariste, car nous travaillons tous dans la même direction. Il faut savoir que si un dessinateur a une idée très précise des couleurs, il n’aura jamais ce qu’il désire parce que nous sommes tous différents et chaque coloriste a sa palette. La meilleure façon de le voir est l’exposition qui a été faite dans le cadre du festival Strasbulles en 2009, où nous sommes une dizaine de coloristes à avoir travaillé sur une illustration d’Emile Bravo. En regardant ces illustrations, on se rend compte qu’elles sont toutes distinctes, elles ont toute une façon différente de montrer les choses. Donc je pense qu’il faut qu’un dessinateur, s’il fait appel à un coloriste, fasse le deuil de sa vision des couleurs.
Que pensez-vous de la qualité globale de toutes ses mises en couleurs informatiques ?
Je trouve qu’il y a une baisse de qualité. L’intérêt du travail à la main est que chaque coloriste a une personnalité, de part les accidents qu’il occasionne, notamment par le travail avec l’eau, ou simplement avec le grain du papier qui donne aussi un caractère au travail. L’ordinateur a une tendance à lisser un peu les styles. Il y en a quelques uns qui ont réussi a vraiment créer leur style avec l’outil informatique, mais ils sont quand même assez rare. C’est pour ça que j’ai voulu garder le travail à la main, et je pense avoir fait le bon choix.
Savez-vous dessiner ?
Je dessine un peu, mais je ne suis pas très bon, et encore moins pour animer des personnages. Je suis laborieux et je n’ai pas le temps. Il m’arrive parfois de m’amuser un petit peu, de dessiner, de participer à la création de décors de bandes dessinée que j’ai mises en couleurs, mais cela reste anecdotique. Ceci dit, j’ai fait une formation de deux ans aux arts déco de Strasbourg, et ça m’a vraiment apporté énormément de choses, surtout en terme de narration. Dans cette école, on n’apprend pas à dessiner mais à raconter. Chacun s’exprime avec sa technique, sa personnalité, mais ce que Claude Lapointe nous apprenait alors, c’était la narration. On peut le comprendre facilement : certains auteurs ont un dessin approximatifs, voir maladroits, mais arrivent vraiment à faire passer des émotions, alors que d’autres sont des monstre de technicité, mais leur production ne raconte rien. La bande dessinée c’est avant tout raconter une histoire.
Avez-vous eu à réaliser des mises en couleurs pour ce genre de travaux, ou avec des traits pas fermés par exemple ?
Oui, mais ça ne m’effraie, je simplifie. Au contraire, une illustration qui n’est pas facile à lire en noir et blanc, est un réel bonheur pour un coloriste, qui doit faire en sorte de la rendre lisible. Nous sommes là pour hiérarchiser les choses. Presque pour imposer au lecteur où il doit poser son œil. Nous lui disons, c’est là qu’il faut que tu regardes. C’est ça le travail de coloriste.
Des travaux comme ceux d’Alex Barbier ou de Lorenzo Mattotti mettent la couleur au centre de leur narration. N’avez vous jamais été tenté d’avoir les différentes casquettes?
Mais si ! Je l’ai même fait en compagnie de Laurent Cagniat pour Pitchi Poï. C’est une bd sortie chez Delcourt , une histoire pour enfant qui peut aussi se lire par les adultes. Nous avons coécrit l’histoire, et j’ai fait un travail de couleur direct : je recevais les originaux de Laurent, et travaillais ma couleur directement dessus. C’est un travail plus long mais plus valorisant. Et je vais normalement travailler comme ça pour le prochain Maester.
Interview: Yves Swolfs
Lorsque vous commencez une nouvelle série, vous explorez un univers très différent du précédent. Est-ce une volonté marquée ?
Oui, c’est pour dessiner autre chose, explorer d’autres univers. Effectivement, au bout de 6 albums (sur des cycles de dix ans environ), j’aime bien changer d’univers, de documentation, de personnages et ne plus dessiner les mêmes décors. Durango a tenu plus longtemps car ma passion pour le western était vraiment forte, c’était le bon équilibre pour ne pas éprouver une sorte de fatigue
Il y a pourtant des séries où vous commencez tout, mais passez assez vite le relais à un autre dessinateur.
Justement, quand j’ai commencé Le prince de la nuit, juste après Durango, je m’étais dit que je ne dessinerais plus jamais de western. Mais ce n’est pas pour autant que je n’avais plus d’idée. C’est lors de ma rentrée chez Soleil, que j’ai rencontré Thierry Girod qui faisait Wanted. Nous avons alors parlé de Durango ; il m’a fait part de son admiration, et je me suis dit qu’il serait bon de faire de nouveaux épisodes et lui était très enthousiaste. Donc on a remis le couvert.
Mais pour Dampierre ?
Alors ici, c’est différent. C’est ma seule série que j’ai un peu foiré, où je me suis rendu compte que j’allais sur une voie de garage. Le concept n’était pourtant pas mauvais. J’avais alors besoin de faire une pause avec Durango. Et chez Glénat, comme c’était la mode de faire des séries historiques, je me suis mis à mon tour à cherché un sujet. J’ai donc trouvé ce thème qui n’avait pas vraiment été traité. J’ai donc commencé cette série sur de bonnes bases. De plus, la série marchait bien. Mais au bout de deux albums je me suis rendu compte que j’avais fait une démarche à l’envers. Ce n’était pas une chose que j’avais particulièrement envie de faire, mais je m’étais plutôt adapté au contexte de cette mode ; le coté historique très pointu à respecter, avec à chaque dédicaces les amateurs d’histoire qui venaient pour me corriger. A un moment donné j’en ai eu marre. Il se trouve que Pierre Legen adore cet univers, dessiner les uniformes etc, et je lui ai donc passé le relais du dessin.
Vos planches témoignent d’un grand souci du détail, particulièrement pour les décors. Comment se déroule votre travail de recherche ?
J’aime bien ce coté de recherches de documentations et essayer de rétablir les atmosphères véritables, autant pour les westerns que pour Dampiere, et particulièrement pour Le prince de la nuit et Légendes. Je trouve effectivement que quand on se lance dans une histoire, il faut qu’elle soit crédible, pouvoir s’en imprégner le plus possible. Moi, j’adore aller visiter les châteaux ; il y a aussi internet maintenant, mais j’ai aussi trouvé des vieux livres avec des images historiques. C’est tout ce travail de recherche avant de commencer à dessiner l’album que je trouve particulièrement intéressant.
Faire vrai, coller à la réalité.
C’est ça. Il est vrai que les châteaux médiévaux que je dessine n’existent pas en tant que tel, mais je me suis inspiré de toutes sortes de plans recréés par les archéologues à partir de ruines, ainsi que par des livres d’architecture médiévale, et l’encyclopédie de Viole Leduc. Finalement on regarde tout ça, et on en fait une sorte de compilation pour en faire quelque chose qui soit crédible.
Il y a beaucoup de plans cinématographiques dans vos albums. N’avez-vous jamais été tenté par le grand écran ?
Tout le monde est tenté ! Je pense qu’il n’y a pas un dessinateur de bande dessinée qui n’ait pas été tenté par le cinéma. Le problème est d’y accéder, avoir les moyens de le faire et c’est quelque chose d’énorme. Je sais bien qu’il y a de nombreux scénaristes qui essaient de pénétrer le milieu du cinéma pour essayer de placer quelques scénarios. Il y en a quelques uns qui ont réussis ; très certainement qu’ils avaient les bonnes adresses ou que leur sujet a touché le milieu du cinéma pour quelque raison particulière. Il y a Bilal qui l’a fait, Sfar avec Gainsbourg. Ces deux auteurs sont des phénomènes en France, et particulièrement à Paris. Ils sont très médiatisés et ont donc très probablement accès à des sphères auxquelles nous ne pouvons pas atteindre en général. Si quelqu’un me proposait de faire un film je serais ravi, mais je ne me fais pas d’idées, il faut beaucoup de temps pour faire les couloirs et aller voir les maisons de productions.
Votre écriture change-t-elle lorsque vous rédigez un album que vous ne dessinerez pas ?
Je dois être plus précis. C’est-à-dire qu’au niveau des dialogues, ça ne change rien, mais je dois être plus précis dans les descriptions, tout en laissant au dessinateur un maximum de liberté. Il faut toujours que l’intension soit bonne, au niveau des expressions par exemple. C’est le plus important.
Quand vous commencez une série, savez vous comment la terminer ?
Quand c’est des sagas, oui. Dans ce genre de projet tu ne peux pas partir comme ça, un peu à l’aveuglette. Connaître la fin c’est aussi connaître le propos.
Vous avez été publié par de nombreuses maisons d’éditions différentes. Cela représente-t-il quelque chose pour vous ?
C’est un peu selon les circonstances, les contacts. Et puis aussi pour des raisons financières, il ne faut pas se le cacher. Si j’ai changé plusieurs fois, c’est qu’effectivement cela allait à un moment donné. Puis on se dit après que ce n’est pas le mieux. Dans l’idéal on resterait dans la même maison d’édition. S’il n’y a pas de soucis, il n’y a pas de raison de changer. Et puis aussi stratégiquement, on se dit que c’est bien d’aller voir tel éditeur pour tel genre de projet.
Depuis 1981, après toutes ces années de carrière, comment regardez-vous l’ensemble de votre œuvre ?
Je ne sais pas. Je suis assez content, j’ai l’impression de ne pas avoir raté mon coup. Quand je vois que j’ai trois séries différentes, c’est assez rare en temps qu’auteur complet d’avoir réussie trois choses qui ont bien marchées : je me dis que c’est bien. Mais il reste encore pas mal de choses à faire encore !
A partir de maintenant, vous allez envisager votre travail un peu différent…
Je ne referais pas d’autres saga comme Le prince de la nuit, ne plus m’astreindre à faire durant 6 albums le même sujet. Il y aura Durango d’un coté, il y a Légende que je vais terminer, et je vais probablement réaliser les mémoires du Prince de la nuit, mais plus épisodiquement, tome par tome. Si je veux faire un one-shot qui n’a rien à voir, je le ferais. Je ne veux plus être lié par cette nécessité d’assurer un suivit parce que l’histoire n’est pas finie et que les gens restent sur leur fin. Et puis j’aimerais faire plus de scénarios aussi.
Dans le paysage actuel de la bande dessinée, nous pouvons distinguer deux tendance très différentes ; la bande dessinée classique, destinée à un large lectorat comme vous faites, et le milieu alternatif, plus orienté vers l’expérimentation. Nous pouvons observer de véritables tensions entre les deux. Comment vous placez vous.
Et bien un jour je vais faire un album alternatif de 80 pages en trois mois, avec un sujet très bien choisi, très mode, et très vite dessiné, tout en changeant de nom et on verra bien ce que cela donnera !Parce que c’est vrai qu’il y a de bonne choses, mais il y a aussi beaucoup d’arnaques, pas mal de communication, et un phénomène de microcosme parisiens. Finalement ça a été la même chose avec la bande dessinée en noir et blanc : il y avait Pratt évidemment, Schuittens ou Comès. Il y avait des bonnes choses, mais à un moment donné, dans cette sphères là, n’avaient plus droit au chapitre que les gens qui faisaient du noir et blanc, tout ce milieu de Casterman. Ce sont des modes qui viennent plus du milieu parisien. Ça vaut ce que ça vaut ; il y a de la créativité et si ça se vend bien, tant mieux pour eux. C’est aussi à nous qui faisons du classique de faire en sorte de bien se vendre.
Vous pensez que cela va passer ?
Oui, je le pense. Mais il restera toujours des gens: un gars comme Sfar, qui est intelligent, va rester, il y en a d’autres mais il y aura bientôt d’autres phénomènes.
Concours Strasbulles 2010
Les gagnants sont : Julien Cayssials pour le Grand prix et Laura Bacher pour le prix Jeunesse Caisse d’Epargne.
Les autres participants sont : Guillaume Barki, Sacha Boran et Arthur Radoux, Tristan Cottreau, Aurélie Fontaine, Jérôme Garcia, Marion Hurier, Judith Metzger, Fabrice Neveu, Sayamountry Saysavath, Anna Stenz, Alice Tonnelier.
Merci à tous !
Gazette interview avec F’Murrr
5 juin 2010
La forme est quelque chose de particulièrement important pour vous ?
C’est au final, ce qu’il y a de plus important. Qu’est ce qui peut varier sinon la forme ? On a vu passer trop de bons scénarios qui tombaient à plat parce que l’auteur n’avait pas pensé à la forme. On a besoin de barrières, de cadres. Mes histoires marchent avec deux pages : avec trois, c’est plus difficile. Si l’on se fie aux structures formelles que l’on s’impose, ça devient plus simple. Il y a des moments où j’ai envie de développer, mais je n’y trouve pas une grande satisfaction. Et ça pose quelque fois des problèmes dans l’album. Il y a des histoires longues dans les Alpages, mais il n’y a plus le coté percutant du gag.
Quel est votre regard sur les travaux de l’Oubapo ?
Le problème de l’Oubapo, c’est qu’ils ont fait semblant de découvrir les règles de la bande dessinée qui existaient déjà. C’est simplement que des auteurs n’osaient pas utiliser ces règles. Les auteurs qui ont joué avec les règles de la bande dessinée sont très rares. Il y a eu des américains comme Herriman, mais il n’y en a pas eu tellement. Le reste des auteurs se contentent de raconter une histoire, et c’est alors un peu comme du cinéma dessiné. Cela n’a pas grand intérêt. Mais si vous lisez les textes de Rodolphe Töpffer, vous lisez déjà une partie de ce qu’avance l’Oubapo. Il s ont donné l’impression qu’ils découvraient quelque chose. Mais non ! Ils ont fait des exercices d’école, et souvent ces exercices sont un peu ennuyeux. Ce n’est pas ce que j’attendais de ce que l’on pouvait faire de la bande dessinée.
Vous avez traversé différents courant de la bande dessinée, quelle période vous a le plus marquée, le plus plu ?
Un auteur vous répondra toujours les dix premières années. Dans les années 70, il se passait quelque chose d’assez analogue de ce qui s’est passé dans les années 90, où tout le monde se connaissait par exemple, il y avait une véritable synergie. L’évolution de la bande dessinée en revanche, me plait beaucoup moins. Car il y beau avoir beaucoup plus de dessinateurs, nous n’avons pas pour autant pour autant plus de bons dessinateurs, au contraire. Les projets sont beaucoup moins audacieux qu’avant. On découvre aussi qu’il y a beaucoup de personnes qui savent dessiner, mais qui ne savent pas forcement raconter une histoire ? Il y a de grandes écoles, comme l’école espagnole avec Guarnido. C’est un excellent dessinateur, mais quand je lis ses albums, je m’ennuis. Nous sommes dans une culture de masse. Quand on commence a arrêté d’essayer de suivre la masse des livres qui sortent et de ne s’intéresser qu’aux livres qui nous plaisent vraiment, il n’y a plus grand-chose. La bande dessinée est un phénomène suffisamment riche pour qu’un auteur consciencieux trouve son public. Mais ce phénomène de masse touche aussi les lecteurs. Il y a un nombre impressionnant de collectionneurs qui achète 2000 livres, les plastifient et les rangent sans même les lire. Mes lecteurs, en dédicaces, se sont plusieurs générations, il y a des familles entières, et je pense que c’est quelque chose d’important, de trouver une sorte d’intemporalité.
Spectacle LA NUIT DU MYSTÉRIEUX CHIEN-GAROU
Joué au Festival Européen de la Bande Dessinée de Strasbourg 2010. Pour ceux qui ne le savent pas, ce spectacle est en lien avec la bande dessinée (éponyme) parue aux éditions La Boîte À Bulles en 2008. Désopilant, comme ils disent !
Le spectacle est encore en travail, notamment au niveau de la deuxième partie et sur le scénario global, mais c’est vraiment amusant de voir ça du côté du spectateur ! Encore du boulot.
Je rejoue (avec du travail en plus d’ici là) le 27 juin à Viens Shaker La Puppet à Strasbourg (plus de détails à ceux qui veulent) et peut-être en novembre lors d’un festival ou événement autour de la bande dessinée à Toulouse. Et d’ici là, j’essaye de le présenter dans l’ensemble des festivals où j’aimerais aller !
Bon visionnage !
Sylvain-Moizie
Strasbulles est SUPERBE!
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Un blog par Tirso Cons, auteur
Que dire au sujet de Strasbourg ? C’est une belle ville ! Pour qui ne la connaît pas, je vous recommande de la visiter.
J’ai passé un week-end fantastique avec des moments très agréables ….malgré la chaleur. Les Alsaciens sont très hospitaliers. Et, d’ailleurs, je remercie toutes les personnes qui ont rendu mon séjour si agréable.
Quand je suis arrivé le jeudi, comme sur des roulettes, Jean-Christophe m’attendait pour me conduire à l’hôtel, me montrer le site du festival (qui n’était pas encore ouvert au public) et présenter d’autres travailleurs acharnés. Phil Jimenez et son partenaire étaient déjà arrivés. Nous avons dîné ensemble dans un petit village à l’extérieur avec une partie des membres ABD. Un endroit avec beaucoup de charme. Comme un ensemble de maisons traditionnelles avec cour et petites salles de réunion, toutes joliment décorées et rustiques…
Inutile de dire que la nourriture était fantastique, nous avons terminé tard dans la nuit !
Le vendredi j’ai réalisé des dédicaces en terrasse toujours accompagné d’une bière bien fraîche . Juste avant, j’avais aussi visité le centre ville et pris quelques photos. Après la séance dédicace, je ne savais plus où j’étais…la bière ou le soleil y sont sans doute pour quelque chose !
Le soir, ce fut l’inauguration du festival. J’y ai rencontré de nombreux auteurs. Nous avons dégusté de fameux vins, de délicieux hors-d’œuvre,…d’autres vins,…EH…Je ne me souviens plus…:-P
Nous avons fait une promenade en bateau mouche sur l’Ill dans la partie touristique de la ville, le spectacle était à l’intérieur et à l’extérieur…Les illuminations nocturnes de Strasbourg sont magnifiques vues de la rivière !
J’ai discuté un peu avec Ferry et Hermann, qui parle également Espagnol et j’ai pu apprécier son humour .
Nous avons fini la nuit à la terrasse d’une péniche : « l’Atlantico » au bord du canal, avec G. Parel, S. Perger et d’autres…nous sommes partis presque les derniers.
Le samedi, j’ai dédicacé avec un système de tables rondes qui favorise l’échange avec le public. J’ai vraiment aimé, ainsi que la disponibilité des bénévoles, toujours attentifs, qui vérifiaient que nous ne manquions de rien.
Dans l’après-midi, nous avons tous apprécié le spa et la piscine au coeur de l’hôtel, qui était comme une maison des 3 mousquetaires…super ! Avec une touche rustique mais moderne dans un très vieux bâtiment.
Cette nuit-là nous avons mangé à la belle étoile dans l’enceinte du festival. C’était un dîner à la Astérix et Obélix et sanglier rôti! Il y avait même un concert et nous avons bien rigolé avec Dennis Calero et son épouse, Audrey, et Stewart, Paquette, Bermejo…! C’était génial!
Dimanche, tout le monde était cuit…Besoin de dédicacer avec litres de café et lunettes de soleil à proximité.
C’est sûr….Qui se ressemble s’assemble !
J’ai eu grand plaisir à rencontrer ceux que je ne connaissais pas et retrouver ceux que j’avais déjà vus. Merci à tous ceux qui sont venus me voir pour une dédicace ou un autographe, merci à Strasbulles de m’avoir permis d’échanger avec le public français autour de mon album le Manoir des Murmures !
J’espère que cette grande fête de la BD va continuer pour les années à venir car leurs organisateurs le méritent.
J’ai oublié beaucoup de choses, je ne peux pas toujours mettre un nom sur les visages, mais Merci à Jean-Christophe, Yannick, Jean-Luc, Lionel, Emilie, Christian, et tous ceux qui ont fait me sentir comme à la maison. J’espère revenir une autre année!
Je serai de retour avec les batteries chargées à bloc et j’espère avoir autant de belles surprises l’année prochaine que cette année !
Yippie-kay-ay!
Gagnants des chasses aux trésors
Voici les noms des gagnants des chasses aux trésors du festival :
LA CHASSE AU TRÉSOR
- Sylvie HIMBER
- Marie VITTET
- Stéphane LANZ
- Marc HOSTI
- Isabelle PFITZINGER
- Sonia CHAMPALBERT*
- Kevin MERZISEN*
- Michaël LORAZO*
- Jean Luc POUSSIN*
- Alexandre REMY
MOUTON D’OR
- Marie VITTET
- Stéphane LANZ
- Mario LEONHART*
- Magali HOLLIGER*
- Gérard PERRIN*
- Tom CHARRAS*
- Julia CIARLA
- Pierre MARTINEZ
- Jérémy VINRICH
- Florya MULLER
* Les gagnants n’ayant pas récupéré leur lot sont invités à venir le retirer à la librairie Farfafouilles avant le 18 juin 2010
C’est fini !
Bonjour à tous et bienvenue sur le site du Festival Européen de la Bande Dessinée de Strasbourg, anciennement ‘Strasbulles’.
Le Festival 2010 est maintenant terminé, merci à tous d’en avoir fait un grand succès !
Nous vous donnons rendez-vous en 2011 pour de nouvelles aventures et en attendant, une galerie photo viendra très prochainement enrichir ces pages.
Afin de recueillir votre avis sur le Festival Européen de la Bande Dessinée de Strasbourg qui s’est tenu le week-end passé, nous avons mis en place un court sondage en ligne (environ 1-5 minutes). Nous vous serions très reconnaissant d’y participer afin de mieux cerner les forces et améliorations à apporter à notre manifestation, que vous y ayez participé ou pas.
Un tirage au sort permettra à 10 internautes de remporter une affiche « Luxe » numérotés et signée.
Merci d’avance pour votre temps.
http://www.strasbulles.fr/sondages/index.php?sid=47421&lang=fr
A bientôt !
Toute l’équipe du Festival
Horaires des rencontres-dédicaces
Les horaires des rencontres-dédicaces sont en ligne ici








